Au fil du temps, ma peinture a pris forme autour d'images issues du quotidien. En me promenant et vivant au cœur d'architectures urbaines, celles-ci cherchent à résonner dans ma peinture. Je me promène dans la cité, et les images qui composent le paysage m'apparaissent comme une peinture vivante. Les lieux où s'accumulent les signes du temps sont partout dans le paysage. Ils sont composés de zones sinistrées, de murs de bâtiments vieillis par les intempéries, de structures architecturales rouillées, d'édicules laissés à l'abandon etc. Ces éléments du paysage urbain m'inspirent, car ils composent l'histoire mystérieuse de nos villes actuelles et les signes de passage du temps ne cessent de se renouveler. Lorsque la peinture prend vie, son sens repose sur la tension entre matière et représentation de sorte que cette dernière laisse place à la matérialité de la peinture.
Ainsi, ma peinture fait apparaître à la fois la ville et la matière. Dans l'atelier, je fais subir des intempéries aux tableaux qui, avec l'accumulation de couches de peinture et de cire d'abeille, transforment le sujet représenté en un prétexte pour peindre, pour user de lignes et de formes afin de retrouver la matière dans une représentation anonyme de la cité. Peindre à l'encaustique me permet de jouer entre les couches de peinture et de cire afin de recréer le geste et l'action vieillissante d'un tableau qui aurait subi lui-même une altération, une détérioration.
L'encaustique : peinture et cire d'abeille
Vieille de plus de deux milles ans, cette technique nous parvient de l'Égypte Gréco-Romaine. On s'en servait alors afin d'illustrer les défunts sur les sarcophages et les momies. Cette civilisation utilisait la cire pour ses propriétés de conservation et de durabilité. Le mot encaustique provient d'ailleurs du mot grec «enkaustikos» qui signifie «chauffer» ou «brûler». La chaleur est utilisée à toutes les étapes de la peinture à l'encaustique, car elle lie chaque couche de cire entre elles.
La cire provient des abeilles qui butinent le nectar des fleurs. Celles-ci la fabriquent afin de construire les alvéoles dans les ruches. Il faut deux millions de fleurs pour faire une livre de miel et cela prend cinq à six livres de miel pour donner une livre de cire. La couleur jaune de la cire provient du pollen resté collé aux pattes des abeilles et ramené dans la ruche. Avant d'utiliser la cire pour faire de la peinture, celle-ci est filtrée plusieurs fois, et même blanchie dans certains cas.
L'encaustique consiste à garnir la toile, en partie ou entièrement, d'une ou de plusieurs couches de cire colorée, naturelle ou transparente et ensuite, de la manipuler en enlevant de l'épaisseur à celle-ci, en la grattant ou en la re-chauffant afin de la rendre plus ou moins translucide et de lui donner la texture désirée. Ce procédé permet de voir toutes les étapes du processus de création sur le tableau, car les couches de peinture peuvent être transparentes ou grattées.
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